News & Insights > Insights > Les assureurs en première ligne face à la crise climatique ?  

  •  By Margaux Ertlé

assureurs crise

Blade Runner 2049 ? Dune ? 

C’est trompeur oui, mais aucune de ces images ne provient d’un film de Denis Villeneuve.  
La première est ce à quoi ressemblerait la rue Jules Lefebvre à Paris, où sont situés les locaux Equancy, sous la menace d’incendies et de nuages de fumée – on peut le visualiser grâce à « This Climate Does Not Exist » une expérience basée sur l'IA, permettant aux utilisateurs d'imaginer les impacts environnementaux de la crise climatique actuelle, à l’adresse de leur choix.  
La seconde est bien réelle elle, il s’agit de la ville de San Francisco à l’été 2020, quand la Californie était ravagée par des feux de forêt (crédit photo : BRITTANY HOSEA-SMALL / AFP). Ces incendies sont survenus après une vague de chaleur record et des vents violents : “les plus graves de l’histoire moderne" comme l’écrit le New York Times

 

Comme nous l’ont bien rappelé les intervenants de la COP 26, clôturée il y a deux semaines, nous vivons déjà avec les effets du changement climatique. Personne n’est passé à côté de la vague de gel exceptionnelle, qui, en avril 2021, a ravagé une partie des vignobles français et causé plus de deux milliards de dégâts aux arboriculteurs, personne n’a oublié les feux ravageurs à travers le monde, de 2020 et 2021, pour lesquels des records mondiaux d’émission de CO2 ont été enregistrés.   

 

Dans sa récente interview accordée au Time, Emmanuel Faber, ancien CEO de Danone, disait que « les gouvernements n'auront pas d'autre choix que de se tourner vers les entreprises et les sociétés pour faire le travail, parce que les gouvernements ne font pas le travail eux-mêmes. Le secteur privé sera au cœur de la transition climatique ». Parmi ces acteurs privés, les assureurs jouent un rôle central. Souvent réduits au rôle de payeurs post sinistres, ils sont avant tout experts dans la compréhension du risque et voient cette dimension s’affirmer dans le contexte de crise climatique. En 2015 déjà, Henri de Castries alors président d’AXA, expliquait qu’un "monde à +2 °C pourrait encore être assurable, un monde à 4 °C ne le serait certainement plus". Aujourd’hui, l’on peut même se dire que +2° met déjà les modèles d’assurance traditionnels en péril.  

 
Du coût des sinistres à la gestion des portefeuilles en passant par le produit, l’assurance évolue dans ce contexte de crise climatique  

Dans un rapport publié en mai 2021, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR - chargée de la surveillance de l'activité des banques et des assurances en France) annonçait la multiplication par 5 à 6 du coût des sinistres dans certains départements. De plus, la part des différents secteurs dans les portefeuilles des assureurs évolue : d’après l’assureur Swiss Re, la part de l'assurance pour les biens immobiliers, particulièrement vulnérable, va s'accroître pour atteindre 29% de la totalité des leurs primes récoltées en 2040, contre environ 25% en 2020. Autre secteur fortement impacté, l’agriculture. En avril dernier, Jean Marc Jancovici rappelait la nécessité de l’assurance agricole tout en insistant sur un besoin urgent de réinvention : « c'est évidemment nécessaire pour les agriculteurs concernés. Mais l'argent ne se mange pas ! Et les assurances seront impuissantes à compenser les pertes de production agricole si ces dernières deviennent amples à cause de la dérive climatique... ». Enfin, une réflexion est également menée sur le produit d’assurance lui-même : en 2018, Frans Timmermans, alors vice-président de la Commission Européenne en charge du Climat proposait un système de bonus-malus qui permettrait de baisser ou augmenter le montant des primes selon les méthodes d’adaptation au changement climatique mises en place par l’assuré. 

 
Si payer ne suffit plus, les assureurs œuvrent également à la prévention des risques 

Pour la prévention en matière de santé,  l’OMS déclare trois niveaux graduels. Même si les risques sanitaires diffèrent des risques liés au réchauffement climatique sur certaines dimensions, il est intéressant d’explorer comment la méthodologie et les mesures de prévention mises en place pour les premiers peuvent être répliquées pour les seconds.  

 

  • Prévention primaire - Ensemble des mesures visant à éviter ou réduire la survenue ou l’incidence des maladies, des accidents et des handicaps consolidants et structurants tels que les compétences psychosociales.  
    >> Parallèle avec le climat – Les actions de sensibilisation, les formations sur le changement climatique, ou encore la modélisation des risques futurs. 
     
    En effet, la formation est clé pour accélérer la transition des entreprises, permettant d’engager les collaborateurs dans cette mission ambitieuse tout en les faisant monter en compétence. AXA Climate, entité du groupe AXA, a lancé en 2021 une offre de formation aux enjeux environnementaux .  Une expérience d'apprentissage en ligne conçue par leur pôle scientifique. En octobre 2021, 30 000 personnes avaient déjà été formées, des employés de Marsh en passant par les élèves d’HEC
     

  • Prévention secondaire - Intervention qui cherche à diminuer la prévalence d’une maladie dans une population, à agir au tout début de l’apparition du trouble ou de la pathologie afin de s’opposer à son évolution, ou encore pour faire disparaître les facteurs de risque. 
    >> Parallèle avec le climat – Les actions visant à diminuer l’impact environnemental des entreprises, mise en place de mesure de réduction des émissions ou la séquestration du carbone etc. Nous pouvons également y retrouver les services d’alerting.  
     
    Allianz a développé, en partenariat avec Météo Franceun service de prévention des risques d’inondations et de foudre apportant à l’ensemble de ses clients professionnels et entreprises non seulement des alertes préventives en amont des événements climatiques mais aussi des conseils pratiques personnalisés sur les mesures et actions à mettre en œuvre. 
     

  • Prévention tertiaire - Elle intervient après la survenue de la maladie et tend à réduire les complications et les risques de rechute. Il s’agit d’amoindrir les effets et séquelles d’une pathologie ou de son traitement.  
    >> Parallèle avec le climat – Les actions visant à mettre en place des mesures d’adaptation, permettant aux entreprises de continuer leur activité sous ces nouvelles contraintes. 

 

Le levier « mesures d’adaptation » commence seulement à être exploité par les assureurs mais cela devrait vite s’accélérer. Leur compréhension fine du risque leur permet d’identifier les points de vulnérabilité des entreprises. Ces données sont précieuses dans l’identification des mesures d’adaptation à mettre en place et peuvent permettre aux assureurs de se positionner durablement comme les acteurs incontournables de la transition écologique. 

 

Cet article a été publié sur le média Riskassur

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